La musique dans la Bible : Dans le Nouveau Testament (2ème partie)

La musique dans la Bible Dans le Nouveau Testament (2ème partie)

Tout a été bouleversé par la venue de Jésus-Christ sur cette terre. Mais, dans ce pays de traditions ancestrales, la musique n’a pas perdu sa place. Le Nouveau Testament, il est vrai, contient relativement peu d’indications au sujet de la musique : à peine une douzaine de passages, deux seulement qui contiennent un ordre précis, pas de mention de la musique instrumentale. Souvenons-nous, cependant, que le peuple de la nouvelle alliance est resté, sur beaucoup de points, dans la continuité de celui de l’ancienne : son culte s’est calqué au début sur les rassemblements de la synagogue, les règles morales et les principes de vie donnés aux Juifs restaient valables pour le nouveau peuple de Dieu. Si les Hébreux avaient des raisons de louer l’Éternel, les chrétiens en ont encore bien davantage.

Le chant dans le Nouveau Testament

Le Nouveau Testament s’ouvre par un hymne prophétique : le Magnificat dans lequel Marie exalte le Seigneur pour sa grâce (Luc 1:46-55). Selon les coutumes du peuple hébreu, un tel poème pouvait seulement être chanté. La naissance du Sauveur a été annoncée par la plus étonnante chorale qu’on ait jamais entendue sur cette terre : un choeur de myriades d’anges a entonné le Gloria que des milliers de chrétiens ont repris après eux : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée. » (Luc 2:14) Quelques jours plus tard, Anne puis Siméon ont laissé déborder leur joie de voir Celui que l’on attendait depuis des siècles. C’est par des hymnes de louanges qu’ils ont salué le Sauveur (Luc 2:22-38). Ces poèmes qui s’insèrent dans la tradition prophétique juive ont sûrement été chantés – comme ils le seront pendant des siècles par les chrétiens. Lorsque Jésus-Christ a grandi, il a certainement participé comme tous les autres Israélites au chant des psaumes de louange et de pénitence, à la synagogue comme au Temple, lors des cultes et des cérémonies diverses. Marc 14: 26 nous le précise pour le dernier repas qu’il prit avec ses disciples : »Après avoir chanté (les psaumes), ils se rendirent au mont des Oliviers. » Les premiers chrétiens ont maintenu la tradition juive du chant des psaumes. Ils y participaient au Temple et les reprenaient entre eux dans les maisons. Ils devaient avoir vraiment l’habitude de chanter pour que dans une situation aussi critique que celle vécue par Paul et Silas dans la prison de Philippes, les cantiques jaillissent de leur coeur.

Psaumes, hymnes et cantiques spirituels

L’ordre de chanter est moins fréquent dans le Nouveau Testament que dans l’Ancien, mais il figure dans les épîtres aux Colossiens (3:16) et aux Éphésiens. Cette dernière constitue une sorte de testament spirituel de l’apôtre Paul adressé à l’ensemble des églises d’Asie mineure. Les exhortations qu’elle contient ont donc une grande valeur pour nous car elles sont un peu comme les dernières volontés de l’apôtre. Les impératifs de la deuxième partie de cette épître culminent dans l’exhortation : « Soyez remplis de l’Esprit » suivie de cinq verbes au participe présent : « vous entretenant par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels, chantant et célébrant le Seigneur de tout votre coeur, rendant grâces pour tout à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, vous soumettant les uns aux autres… »(Éphésiens 5 :18-21). Le participe présent joue souvent le même rôle qu’un double point en français. Cela revient à dire que, d’une part, la plénitude de l’Esprit a pour conséquences le chant, la louange, l’action de grâces et la soumission réciproque, d’autre part, c’est en chantant les louanges de Dieu, en remerciant Dieu pour toutes choses, et en nous soumettant les uns aux autres que nous recevons une plus grande mesure de l’Esprit de Dieu. Ainsi le chant, nommé en premier et en deuxième lieu, est à la fois une caractéristique de la plénitude de l’Esprit et un moyen d’y accéder. C’est dire son importance pour notre vie spirituelle.

a) Diversité des cantiques

L’apôtre parle du chant de psaumes, d’hymnes et de cantiques spirituels. Par cette énumération il souligne l’importance de la diversité. La Bible nous transmet cent cinquante psaumes très différents les uns des autres, qui se chantaient sur des mélodies variées (dont certaines nous sont indiquées au début des psaumes). Pendant longtemps, on ne chantait que ces poèmes inspirés par l’Esprit de Dieu. Mais l’apôtre demande d’y ajouter des hymnes et des cantiques spirituels.

Il n’y a pas de stéréotypie en Dieu. Toute sa création reflète son amour de la diversité. Selon les temps et les circonstances, nous avons besoin tantôt d’un genre de musique, tantôt d’un autre. Tel genre convient aussi mieux à telle personne, tel âge, tel tempérament. Nous en tenons certainement compte dans le chant collectif. Si nous voulons sauvegarder l’unité de l’Église, essayons de lutter contre tout sectarisme musical qui privilégierait un seul genre aux dépens de tous les autres.

Lorsque nous entendons parler de psaumes, nous pensons automatiquement aux mélodies composées au XVIe siècle par Louis Bourgeois, Claude Goudimel et les autres chantres de Genève, de Lausanne, de Strasbourg, etc. Ces psaumes huguenots constituent effectivement un trésor inestimable que les jeunes générations négligent bien souvent. Mais le texte des psaumes a inspiré bien d’autres compositeurs au cours des siècles. Les mélodies accompagnant le Psaume 23 sont innombrables. Pourquoi se limiter à une seule version ? D’autres psaumes se chantent sous forme de chorals ou sur des mélodies modernes. Le recueil Psalm Praise a rassemblé 150 mélodies différentes, la plupart dues à des musiciens contemporains, dont beaucoup mériteraient d’être adaptées à des paroles françaises.

Le grand avantage des psaumes, c’est d’offrir un texte dont nous pouvons être sûrs qu’il plaît à Dieu puisqu’il l’a inspiré lui-même. Aux 150 poèmes du psautier, nous pourrions joindre bien d’autres textes poétiques dispersés dans les livres historiques et dans l’Apocalypse. Comme le dit le titre d’un recueil : « Chantons la Bible. »

Les hymnes désignaient dans le grec classique des poèmes composés en hommage à un dieu ou à un héros. Nous trouvons des traces d’hymnes chrétiens dans l’épître aux Éphésiens (4:4-6; 5:14), mais aussi dans les Pastorales (1 Timothée1:17; 2:5; 2 Timothée 2:11-13) et dans l’Apocalypse (4:11; 5 :13; 7:12). Nous pouvons y ajouter tous les cantiques composés au cours des siècles et qui constituent l’un des plus précieux trésors de l’Église tout en nous souvenant que les hymnes des premiers chrétiens étaient très différents des nôtres : leurs vers, quoique rythmés, n’étaient ni rimés, ni d’un mètre égal. Au IVe siècle, c’est Ambroise de Milan qui introduisit les lignes mélodiques égales correspondant à un même nombre de pieds dans le chant d’église. Au XVIIIe siècle et XIXe siècle, il n’était pas rare de se servir de recueils contenant plusieurs milliers de cantiques. En explorant systématiquement les recueils de différents pays, on découvrirait certainement des joyaux qui ont résisté à l’usure du temps et qui brillent toujours du même éclat.

Là encore, nous devons nous défendre contre les préjugés qui nous feraient classer hâtivement comme « dépassés » des cantiques dont les paroles ont une valeur durable et dont la mélodie garde une jeunesse et une fraîcheur inaltérables.

Les cantiques spirituels étaient des improvisations spontanées soit sur des textes bibliques, soit sur des paroles composées également par l’auteur du chant. Dans le passage parallèle de l’épître aux Colossiens, l’apôtre ajoute ici : « sous l’inspiration de la grâce ». C’est un mode de chant dont nous avons complètement perdu l’habitude. Nos frères et soeurs africains ont gardé cette forme de chant dans leur culte et la pratiquent assez facilement. Je me souviens d’un culte en plein-air à Bouaké auquel assistaient quelque 2 000 personnes; un Africain apporta, à la fin de ma prédication, un fétiche sur l’estrade. L’un des musiciens le saisit et improvisa un chant à plusieurs strophes, un peu sur le mode des prophètes : Regardez cette statuette, elle a des yeux et ne voit rien, des oreilles et n’entend pas, des bras et ne peut pas agir… Entre les strophes, l’assistance reprenait le refrain en le scandant de battements de mains. Ailleurs, un groupe de femmes improvisait des chants de louange durant une bonne demi-heure au début du culte, faisant également reprendre les refrains par l’ensemble des fidèles. Si l’on permet d’improviser des prières et des témoignages, pourquoi pas des chants dans des cultes auxquels l’auditoire participe très librement ? Ce serait une expérience bénéfique à trois conditions: que l’on essaie d’intégrer le plus possible l’ensemble de l’auditoire dans ce chant, que cela ne devienne pas la spécialisation d’un artiste qui se produirait pour faire de l’effet et que l’on reste le plus près possible du texte biblique.

« De tout votre coeur chantez à Dieu » (Colossiens 3 :16) ou « dans votre coeur ». Puisque Dieu est le destinataire de ces chants, peu importe qu’ils soient chantés « dans le coeur » ou à haute voix, qu’ils soient ou non agréés par les musicologues qui n’apprécient guère les « chants du Réveil ». Si quelqu’un chante de tout son coeur les louanges de Dieu, nous n’avons pas à le juger, même si son style ne nous convient pas – ce qui ne veut pas dire que nous soyons obligés de l’adopter, ni qu’il nous soit interdit d’éduquer son goût musical. Paul demande en premier lieu de ne pas juger son frère, ni de le mépriser s’il agit selon sa conviction pour le Seigneur (Romains 14:8-10). Néanmoins, il affirme ailleurs que si « tout est permis, tout n’est pas utile… tout n’édifie pas »(1 Corinthiens10:23) et le chrétien doit veiller à ne pas se laisser asservir par quoi que ce soit (1 Corinthiens 6:12) – principes sur lesquels nous aurons à revenir plus loin.

b ) Chanter en commun

Chanter est généralement au pluriel dans la Parole de Dieu. Il y a une bénédiction particulière sur le chant en commun. On peut s’entretenir (Éphésiens 5 :19; littéralement : se parler), s’instruire et s’exhorter ou s’avertir (Colossiens 3 :16) par le chant. Dire ensemble les mêmes paroles, au même rythme, avec la même nuance affective donnée par la mélodie, a un effet qui va bien au-delà des simples paroles. Chaque Réveil était accompagné d’un renouveau du chant collectif. Certaines églises mettaient autant d’accent sur ce chant que sur la prédication.

Il est facile d’écouter de la musique à n’importe quel moment, de s’en laisser pénétrer et envahir passivement. De plus en plus, il est tentant de se laisser entraîner par ses rythmes et ses décibels pour « vivre quelque chose », exprimer ses impulsions. Mais mon expérience d’une trentaine d’années avec de jeunes enfants à l’école, avec des adolescents dans de nombreux camps, avec des adultes dans des chorales me permet d’affirmer que les uns et les autres peuvent prendre goût au chant en commun. C est une joie et un merveilleux enrichissement. Un peu de courage pour s’y mettre, un peu de temps pour s’y exercer et vous verrez que la joie de la participation active dépasse de loin celle de l’audition passive. Il n’est pas indispensable que l’effet soit d’emblée parfait, pourvu que vous chantiez de tout coeur !


c ) Jouez pour Dieu

Comme nous l’avons vu, certaines versions rendent ainsi le verbe psallô de Éphésiens 5:19 (parce que le chant des psaumes était toujours accompagné de jeux d’instruments). En effet, d’après M.C. Kurfee (p.16) qui résume les indications de 17 dictionnaires et lexiques grecs-anglais, le mot psallô a cinq sens parmi lesquels toucher les cordes d’un instrument de musique, c’est à dire faire de la musique instrumentale et toucher les cordes du coeur humain, c’est à dire chanter, célébrer Dieu par des louanges. Ces deux sens conviennent également à l’usage qu’en fait l’apôtre Paul. Le Psaume 150 et d’autres justifient pleinement la louange par la musique instrumentale. La musique est un don de Dieu. Comme tout don, elle est une source de joie légitime pour le chrétien. » Dieu nous donne toute chose avec abondance pour que nous en jouissions » (1 Timothée 6:17) sans mauvaise conscience comme Dieu aimerait que nous jouissions de la beauté de la nature, des aliments qu’il nous offre (Ecclésiaste 3 :13), de l’amour (Ecclésiaste 9: 9), du travail de nos mains (Psaume 128:2), du bonheur (2 Chroniques 6:41), de la paix et du repos (Psaume 37 :11;122:6), bref : de la vie (Ésaïe 38:16). La musique chrétienne, ainsi que toute autre forme de l’art, n’a pas à se justifier par l’évangélisation. Comme H. Blocher l’a montré lors d’une rencontre d’artistes chrétiens (4.12. 83), Jésus-Christ met ses disciples en garde contre la tentation de l’utilitarisme : le parfum de grand prix répandu par Marie sur les pieds de Jésus-Christ a été bien utilisé ainsi, même si ce geste apparaît aux disciples comme une dépense inconsidérée (Jean 12:1-8). Mais rappelons-nous, c’est pour Dieu que la Bible nous exhorte avant tout à chanter et à jouer.

Si nous voulons redonner à la musique sa place dans le cadre chrétien, c’est cette vision de la louange, celle du chant et du jeu d’instruments pour Dieu qu’il faut avant tout faire partager aux autres chrétiens. C’est aussi cette perspective que nous imposent les dernières mentions de la musique dans la Bible, c’est à dire dans l’Apocalypse.

La musique dans l’éternité future

Dans l’éternité, après le déroulement de l’histoire humaine, le chant demeurera l’une des occupations des hôtes du ciel : les 24 vieillards chantent un cantique nouveau en l’honneur de l’Agneau immolé :

« Toi seul tu es digne De prendre le Livre,
Tu es seul capable
D’en briser les sceaux :
Tu as racheté
Pour Dieu, par ton sang,
Des hommes de toute race,
De toute nation,
Et tu as fait d’eux des rois
Et des sacrificateurs
Pour qu’ils servent notre Dieu Et pour qu’un jour ils président
Aux destinées de la terre » (Apocalypse 5:9-10)
Les 144 000 rachetés adorent Dieu dans le cantique :
« La victoire
Appartient à notre Dieu Assis sur le trône
Et à l’Agneau (immolé) »
Et tous les anges adorent Dieu en chantant :
« A notre Dieu Soit la louange !
A lui la gloire Et la sagesse !
Reconnaissance, Honneur et force
Et la puissance
Lui soient donnés
Pour tous les siècles ! Amen. » (Apocalypse 7:10,12)

Lorsque le septième ange sonne de la trompette, de fortes voix entonnent l’hymne de victoire : » Le royaume du monde est remis à notre Seigneur et à son Christ ; et il régnera aux siècles des siècles » ( 11: 5). Ceux qui ont vaincu la bête et son image et le nombre de son nom se tiennent « debout sur la mer de verre, ayant des harpes de Dieu. Et ils chantent le cantique de Moïse, le Serviteur de Dieu, et le cantique de l’Agneau. » (15 :2-3) Dans deux de ces passages, Jean utilise le mot « dire » au lieu de chanter, mais cela ne doit pas nous troubler puisque, dans les deux autres, il précise qu’ils « chantaient en disant » (5:9-10; 15:3). « La prédication et l’évangélisation cesseront dans le ciel (1 Corinthiens 13 : 8) mais la musique de l’adoration continuera. »(R.D. Dinwiddie Christianity Today 15.7.83).

En résumé :

Nous retenons de ce rapide survol de la musique dans la Bible :

  1. Elle est au moins aussi ancienne que l’humanité.
  2. Dès le début, le chant fut associé au jeu d’instruments divers.
  3. Le chant et la musique instrumentale ont joué un grand rôle dans la vie d’Israël. Ils constituaient la principale activité artistique de ce peuple.
  4. Toutes les cérémonies, tous les aspects de la vie quotidienne étaient encadrés par le chant et la musique qui exprimaient adoration et reconnaissance, joie et douleur, amour et haine.
  5. Tous les aspects de la musique actuelle : solis, choeurs, musique purement instrumentale se trouvent déjà dans la Bible et sont associés au culte.
  6. Le caractère de la musique instrumentale hébraïque était généralement joyeux mais non bruyant. L’orchestre comprenait une majorité d’instruments à cordes. Les trompettes étaient jouées seulement par les prêtres et servaient principalement d’appels sonores. Les chants par contre, étaient sonores. La Bible parle de « cris de joie » (Psaume 98 : 6; 47:2, 6) qui « furent entendus au loin » (Néhémie12:43).
  7. Souvent les chants étaient du genre antiphoné ou responsorial.
  8. Toute la Bible était chantée. Les notations des anciens manuscrits hébraïques permettent de reconstituer le chant de l’époque de David et de Salomon.
  9. À côté des musiques consacrées à Dieu, la Bible mentionne aussi des musiques maléfiques destinées à entraîner dans l’idolâtrie et l’immoralité.
  10. Le chant chrétien a repris les principales caractéristiques du chant synagogal hébraïque. Les chants des premiers chrétiens étaient variés, essentiellement orientés vers la louange.

 

Cet article a été reproduit avec la permission de M. Alfred Kuen et de M. Charles Eberli. C’est le chapitre 2 du livre Oui à la musique” (ISBN 2-2827-0031-3) des Éditions Emmaüs, C.P. 68, CH – 1806 St-Légier. Tous droits réservés. Ce livre est épuisé.

 

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