La musique au service de l’église

La musique au service de l’église

Par où commencer ?

Que puis-je faire pour que la musique retrouve la place qui lui revient dans mon église ?

  1. Avoir une vision juste des difficultés auxquelles vous aurez à faire face.
  2. Prendre conscience de vos possibilités.
  3. Élaborer un programme d’action spirituel et réaliste.

1. Les difficultés

a) Manque de vision :

La musique n’a pas la place qui lui revient dans le culte et la vie de l’église, parce qu’on ne voit pas pourquoi elle devrait occuper davantage de place. On n’a jamais été enseigné sur la place de la musique dans la Bible, sur son rôle dans la vie du chrétien et dans celle de l’église. Les dons artistiques ont été considérés comme relevant de l’ordre créationnel, donc d’un ordre dépassé par la rédemption, ou comme appartenant au domaine du monde. C’est pourquoi les églises évangéliques ont peu encouragé leur expression dans le cadre de la vie d’église. On a aussi peur – non sans raison – des déviations.

b) Manque d’expérience :

Les églises évangéliques européennes ont peu de modèles valables d’églises où la musique tient la juste place. Ou bien elle envahit tout, comme dans certaines églises où la liturgie chantée occupe presque tout le culte, ou bien elle est considérée comme une activité très secondaire. Des expériences malheureuses se terminant par des échecs ont jeté le discrédit sur toute initiative qui voudrait essayer de lui faire une plus grande place : tentatives excessives, mal préparées, personnalités peu équilibrées mises en avant, amateurisme de bricoleurs qui pensent que Dieu reconnaît les bonnes intentions et s’en contentera.

c) Manque d’ouverture :

Inertie face au changement : on tient aux « bons vieux cantiques » et on ne voit pas pourquoi on en chanterait d’autres ou pourquoi on introduirait de nouvelles pratiques musicales. Jésus connaissait ce genre d’objection à toute innovation : « Personne, après avoir bu du vin vieux, ne veut du nouveau, car il dit : Le vieux est bon » (Luc 5:39). De leur côté, les jeunes sont souvent tout aussi sectaires que les aînés ; pour eux, seul le nouveau est bon. Les responsables, qui ont « bien d’autres chats à fouetter », ne voient pas pourquoi ils perdraient leur temps avec quelque chose d’aussi accessoire que la musique.

Toutes ces difficultés sont réelles et il ne faut pas les minimiser. Nous pouvons seulement les affronter par la prière, dans une attitude spirituelle et réfléchie.

2. Vos possibilités

a) Se faire une idée juste de ses capacités

L’apôtre Pierre nous dit : « Que chacun de vous mette au service des autres le don qu’il a reçu » (1 Pierre 4:10). Si j’ai reçu le don de chanter, de jouer d’un instrument ou d’animer le chant, c’est un « talent » que Dieu me demande de mettre au service de mes frères et sœurs, et il me demandera compte de son emploi. Si je l’ai enfoui au lieu de le faire fructifier, j’encourrai les reproches qu’il adresse au mauvais serviteur.

Pour utiliser à bon escient le don qui m’est confié, je ne dois ni le sous-estimer, ni le surestimer, mais m’efforcer de me faire une idée juste sur mes capacités selon les directives que donne l’apôtre Paul : « N’ayez pas une opinion exagérée de votre importance, mais que chacun de vous s’efforce de se faire une idée juste sur lui-même ; ne surestimez pas vos capacités, n’aspirez pas à ce qui dépasse vos possibilités ou qui déborde votre vocation. Acceptez vos limites, celles que vous tracent les dons particuliers qui vous ont été départis en vertu de votre foi » (Rom.12:3 Parole vivante.). Ces conseils, soulignés par la transcription citée, s’appliquent aussi à nos dons musicaux. Les autres pourront m’aider dans cette juste évaluation de moi-même si je leur permets de me donner franchement leur avis. Cela implique que je sache aussi accepter mes limites dans ces domaines : celles que me tracent ma compétence, le cadre dans lequel j’ai à opérer et les règles de l’humilité chrétienne.

b) Ne pas mépriser les petits commencements

Se demander : avec ce que je sais déjà faire maintenant, que puis-je apporter aux autres ?

Un exemple : dans une église, le responsable qui sait jouer de la trompette se décide à accompagner les cantiques de son instrument. Dans une autre, l’animateur prend de temps en temps sa guitare et intercale entre les chants accompagnés à l’orgue quelques chœurs plus modernes. Dans les deux cas, leur exemple a encouragé d’autres membres à venir avec leurs instruments. Pour commencer, on apportera peut-être sa flûte dans une réunion de quartier ou une rencontre de jeunes. En accompagnant les chants, les fautes dues à ma timidité ou au trac
passeront plus inaperçues que dans un solo, et j’aurai fait un premier pas en direction des exhortations du Ps.150.

c) Se perfectionner

Dieu est digne de ce qu’il y a de meilleur. Cela implique que je profiterai, dans la limite de mon temps disponible et de mes priorités, de toutes les multiples occasions qui me sont offertes actuellement pour perfectionner ma formation et ma technique musicales (cours instrumentaux, week-ends, stages). La rencontre avec d’autres chrétiens musiciens me donnera de nouvelles idées et m’encouragera à lancer ces idées dans mon milieu.

3. Un programme d’action

a) Attendre et hâter le moment d’innover

C’est l’apôtre Pierre qui associe ces deux verbes apparemment contradictoires lorsqu’il parle d’attendre et de hâter l’avènement du jour de Dieu (2 Pierre 3:12). Un programme d’action commence toujours par la prière et nous demanderons à Dieu de disposer favorablement l’esprit des responsables pour qu’ils reconnaissent l’importance du ministère musical ; mais nous le prierons aussi de nous donner la patience nécessaire d’attendre le moment et la
circonstance favorables pour innover.

Ce temps d’attente n’est pas nécessairement passif : nous pouvons hâter la venue d’un bon démarrage en nous préparant correctement et en parlant à d’autres de ce qui nous tient à cœur.

b) Dialoguer avec les responsables

Même si nous avons l’impression que les anciens ou le pasteur sont peu disposés à introduire des innovations sur le plan musical, ne les court-court-circuitons pas. Ayons un entretien franc avec eux pour attirer leur attention sur le rôle biblique de la musique, évoquer ce qui se fait ailleurs et demander l’occasion de faire un essai ponctuel dont les modalités seront clairement définies. Décider avec eux le moment le plus propice pour cette tentative. Souvent une circonstance spéciale (culte d’actions de grâce, fête de l’école du dimanche, agapes, réunion de famille… ) permet plus facilement d’introduire une nouveauté. Il ne faut pas s’étonner qu’une idée neuve prenne du temps à s’imposer. « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage ». Avec des responsables très fermes dans leur volonté conservatrice, souvenons-nous de la parabole du juge inflexible et de la leçon de persévérance que nous donne le Seigneur (Luc 18). Cherchons des personnes qui ont la même vision et prions ensemble. Préparons en petite équipe la première intervention. Valorisons les dons des autres.

c) Être prêt sur tous les plans

– spirituellement : avoir la conviction que je peux oser apporter ma contribution, que c’est pour le Seigneur et pour sa gloire que je le fais, non pour récolter des applaudissements. Avoir l’humilité de voir que la musique n’est qu’un aspect de la vie de l’église. – psychologiquement : être prêt à assumer une déception si la réaction des autres n’est pas stimulante ou même si elle est critique et négative. Laisser de côté toute susceptibilité qui pourrait nous bloquer, et aller de l’avant. – techniquement : être sûr de ce que l’on entreprend. Si je veux faire apprendre un nouveau chant, que je le sache parfaitement moi-même, que je n’aie aucune hésitation dans l’accompagnement.

Visez pour commencer quelque chose de facile et de bien adapté au public (âge, goûts) et au contexte (accord avec le thème du culte ou de la réunion). Ne soyez pas perfectionniste : n’exigez pas que l’assemblée sache parfaitement votre chant dès la première séance. Vous risqueriez de lasser les gens à force de leur faire répéter les mêmes phrases musicales. Reprenez plutôt le chant une ou deux fois au cours des réunions suivantes.

Une fois qu’un commencement est fait, la suite sera plus facile : des soutiens insoupçonnés se découvriront, et peu à peu le climat évoluera. L’essentiel est la conviction qu’un tel effort est conforme à la volonté de Dieu et la persévérance jusqu’à ce qu’il porte des fruits.

Version PDF de cet article

Cet article a été reproduit avec la permission de M. Alfred Kuen et de M. Charles Eberli. C’est le chapitre 9 du livre « Oui à la musique » (ISBN 2-2827- 0031-3) des Éditions Emmaüs, C.P. 68, CH – 1806 St-Légier. Tous droits réservés. Ce livre est épuisé.

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