Le chant dans la vie de l’église

Le chant dans la vie de l'église

Dans la plupart de nos églises européennes, la musique occupe une petite place : deux cantiques au début de la réunion (« en attendant les retardataires ! »), un autre à la fin, parfois un prélude d’orgue et un postlude, plus rarement un ou deux cantiques de la chorale…

Nous avons vu que, dans la Bible, la musique joue un grand rôle. Certaines églises commencent à redécouvrir son importance : on chante davantage, quelques instruments font timidement leur entrée au culte, souvent par le biais du groupe de jeunes. Comment développer et favoriser ce mouvement ? Ce chapitre voudrait donner quelques conseils pratiques à ceux qui désirent donner à la musique sa place dans la vie de l’église.

Pour faire évoluer le chant dans une église, il suffit d’une ou deux personnes convaincues qui commencent à lui donner une nouvelle dimension. Elles arriveront à faire partager au reste de l’assemblée la vision de l’importance de chanter pour Dieu, de valoriser le texte, d’éviter la routine, et l’imagination des uns et des autres fera le reste, de sorte que le moment de chant deviendra un des moments intenses du culte.

Oui à la musique. Mais attention : ne tombons pas de Charybde en Scylla ! Après avoir réduit la musique à la portion congrue, il ne s’agit pas de lui attribuer la part du lion. L’essentiel, dans un culte, ne sera jamais la musique, mais « l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et les prières » (Actes 2:42) : prières de louange, de reconnaissance, d’intercession, confession de foi. Certaines de ces prières pourront être chantées, une partie de la louange peut se faire « en musique », mais il serait regrettable que les cantiques empêchent les prières spontanées ou que la musique instrumentale prenne le temps des lectures bibliques ou de la prédication. Les « cultes musicaux » doivent rester exceptionnels. Quand une servante devient maîtresse, elle est facilement tyrannique. Gardons à la musique la place qui lui revient : mais cette place, accordons-la-lui.

Pourquoi chantons-nous à l’église ?

Par habitude ? Par obligation ? Pour respecter la tradition ou pour remplir des temps morts ? Dans ces cas, ne vaudrait-il pas mieux gagner ce temps pour la Parole de Dieu ? Si les paroles des cantiques nous semblent contenir un message valable, on pourrait aussi les lire ensemble, cela irait plus vite et concentrerait peut-être davantage l’attention sur le sens. Si une activité artistique s’impose à l’église, ne pourrait-on pas en choisir une autre : le théâtre, la poésie ou la peinture ? Pourquoi maintenir au premier rang la musique et surtout le chant ?

Ces questions nous devons nous les poser honnêtement, et les poser aux membres de nos églises pour découvrir et préciser nos motivations profondes. Car tant que ces motivations ne sont pas changées, nous ne modifierons rien à l’ordre de notre culte, ou bien nous n’accepterons qu’à contrecœur de retrancher un temps précieux à la méditation de la Bible ou à la prière.

Je me souviens d’une expérience significative dans notre église : nous avons deux réunions le dimanche matin centrées, l’une sur la louange et le repas du Seigneur, l’autre sur la prédication. Au début de la seconde réunion, l’assistance se renouvelle partiellement, les autres en profitent pour échanger nouvelles et salutations, retardant ainsi le début de la seconde réunion. Un jour, nous avons eu l’idée de remplacer le brouhaha qui résultaient de ces échanges fraternels par  des chants en commun. Miracle : à l’heure pile, l’assemblée était silencieuse et recueillie.
« Excellente occasion pour chanter quelques cantiques supplémentaires, suggéra un frère. -Ah non ! protesta un autre, pour une fois que l’on peut commencer à l’heure, il faut en profiter ! » (sous-entendu : pour pouvoir parler davantage). Sous-entendu également : chanter, c’est perdre du temps, c’est bon pour remplacer les bavardages ou pour permettre aux derniers arrivants de trouver leur place, mais après cela, venons-en aux choses « sérieuses » !C’est
pourquoi toute proposition de modifier l’ordre du culte ou d’une autre réunion, en vue de donner une plus grande place à la musique, devrait être précédée d’une réflexion sérieuse sur la signification et le déroulement d’un culte, d’une étude biblique ou d’un message concernant la place de la musique dans la Bible, son rôle dans la louange selon les commandements de Dieu. N’oublions pas combien de fois la Bible nous répète : « Chantez à l’Éternel ! ». Ce n’est pas notre degré de compréhension qui doit déterminer notre obéissance, mais l’ordre divin.

L’expérience nous montre que le chant engage tout notre être dans la louange : esprit, âme et corps. C’est le moyen par excellence de nous déconnecter de notre monde propre (nos pensées, nos préoccupations) comme du monde extérieur pour nous tourner vers Dieu. Souvent, même dans nos prières, nous restons égocentriques et nous revenons bien vite à ce qui nous concerne, alors que les vrais chants de louange détournent notre attention sur Dieu
seul, à condition d’y adhérer de tout notre esprit et notre cœur. K. Osbeck voit quatre objectifs spirituels principaux au chant dans l’église : 1. Il est un moyen d’unir un groupe dans l’adoration, la prière et la louange. 2. Il enseigne des vérités spirituelles et les grave dans les esprits. 3. Il donne à chacun une possibilité d’exprimer ses attitudes intérieures et ses expériences parfois mieux qu’il ne pourrait le faire dans ses propres paroles. 4. Il prépare à l’écoute du message.

Et ceux qui ne savent pas chanter, ou qui chantent faux ?

Un certain nombre de personnes disent : « Je n’ai jamais appris à chanter » ou « Je chante faux, je ne suis pas doué en musique, je n’ai pas d’attirance pour ce moyen d’expression de ma foi, j’ai été bloqué dans ma jeunesse, je n’aime pas chanter ».

Ce sont des objections à prendre sérieusement en considération. Que faire ?

D’abord vivre positivement le commandement. Les dix commandements peuvent être ressentis comme autant d’obligations difficiles à tenir, mais ils peuvent aussi l’être comme des libertés que Dieu met à notre disposition. Ainsi, « Chantez à l’Éternel » au lieu d’être un fardeau et une accusation qui m’écrase peut devenir : Tu peux chanter pour Dieu, tu peux te réjouir et te ressourcer dans le chant qui veux être pour toi un moyen d’épanouissement et de glorification de Dieu. Tu as une voix, tu peux parler, donc tu vas chanter, car tout le mode a la possibilité de chanter. -« Mais je chante faux ! » -Q’importe !? Tu chantes pour Dieu, et il entend juste ! ».

Il s’agit de regarder ce handicap en face : est-ce que je veux rester bloqué, lié à mes expériences négatives ou à mes préjugés ? Ou est-ce que je veux donner à Dieu l’occasion de m’en libérer ? « Veux-tu être guéri ? »

Souvent c’est à cause des voisins qu’on n’ose pas chanter. « Que vont-ils penser de moi si je chante faux, on m’a toujours dit de me taire. » Est-ce que je peux trouver une nouvelle liberté face au jugement des autres ?

En regardant ma réaction négative face à la musique comme un handicap ou une maladie, je constate que cela m’empêche d’obéir à l’ordre de Dieu et de me réjouir avec mes frères. Si je désire sincèrement en être délivré, je suis déjà sur le chemin de la guérison. Je peux accepter avec humilité le stade où je suis et, de là, progresser, par une prise de position spirituelle dans la prière, et par des actions inspirées par le bon sens. Il s’agira d’avancer à petits pas : commencer par bien vivre un chant que j’aime et que je connais bien, m’y donner tout entier, me concentrer sur le contenu et le chanter de tout mon cœur pour le Seigneur.

Les autres pourront aussi m’aider à progresser en acceptant positivement la différence des dons dans le Corps de Christ, en m’encourageant à chanter malgré mes handicaps et en me signalant mes réussites et mes progrès. Des gens qui chantaient vraiment faux peuvent témoigner que, grâce au dévouement patient d’un ami, ils sont parvenus à chanter juste et à trouver du plaisir à s’intégrer à une chorale. Un instrument simple comme le pipeau ou la flûte à bec peut constituer une aide utile pour arriver à trouver les notes justes. Les instruments de percussion peuvent également contribuer à la joie de participer au chant collectif. Je me souviens d’un réfugié qui venait d’une autre culture et nos chants occidentaux lui causaient bien des difficultés. Mais il a pris au sérieux l’ordre biblique et il s’est mis à chanter pour Dieu, en toute simplicité. D’abord, ses voisins ne reconnaissaient que les paroles, puis quelques notes, finalement le chant entier. Si vous aviez vu le rayonnement sur le visage de ce frère, lorsqu’il a vu les fruits de son obéissance et de sa persévérance ! Maintenant, il aime chanter les refrains de son pays… et les nôtres.

Valoriser les dons de Dieu

Si la musique est un don de Dieu, aucun chrétien ne peut s’en désintéresser ou le mépriser. Puisque ce don se compose, en fait, de plusieurs éléments, nous valoriserons chacun d’eux comme un cadeau de notre Père : rythme, mélodie et harmonie, sans privilégier l’un par rapport à l’autre.



Qu’est-ce que cela signifie pratiquement pour nous ?

a ) Rythme

Donner sa place au rythme dans la musique dédiée à Dieu cela veut dire premièrement : accueillir des chants avec toutes sortes de rythmes – même s’ils sont nouveaux pour nous. Il n’y a pas d’uniformité dans la Création : un rythme semblable pour tous les cantiques ne refléterait pas la richesse infiniment variée de tout ce qui sort de la main de Dieu. L’une des difficultés majeures des personnes d’un certain âge devant les chants modernes est leur rythme. Les
cantiques d’autrefois ne connaissaient guère que les blanches, les noires et, à la rigueur, les croches pointées. Les syncopes et les reports d’accent sur des temps faibles déroutent ; mais avec un esprit ouvert, une oreille attentive et un peu de patience, on arrive aussi à chanter correctement ces cantiques et on y trouvera certainement un enrichissement de ses moyens d’expression.

Pour faciliter l’apprentissage des nouveaux chants par toute l’assemblée, il serait bon d’avoir, avant le culte, un moment réservé à cette initiation pour ne pas raccourcir le temps consacré à Dieu et dévier l’attention dans un autre sens. Durant ce moment, l’accoutumance au rythme du chant devrait avoir la primeur, car c’est souvent l’aspect le plus difficile, et celui sur lequel les intentions du compositeur sont le plus souvent trahies. Avant de chanter le cantique, on peut battre son rythme des mains en disant les paroles. Dans les réunions de jeunes, divers instruments de percussion peuvent souligner le rythme et donner au chant un caractère dynamique et joyeux : « Louez Dieu avec le tambourin… avec les cymbales sonores… les cymbales retentissantes. » (Ps.150: 4-5 ;149: 3 ; 1 Chron. 25 :1)

b ) Mélodie

La dizaine de notes qui constituent le matériau de la plupart de nos mélodies offre un nombre pratiquement infini de combinaisons possibles. Aussi sommes-nous reconnaissants à Dieu, et aux compositeurs du passé et du présent pour la richesse inépuisable des mélodies qu’ils nous ont léguées et par lesquelles nous pouvons exprimer ce que nous ressentons. Nous pouvons puiser à pleines mains dans ce trésor accumulé pendant des siècles et communier ainsi avec les sentiments, les joies et les peines de frères et sœurs du monde entier qui ont vécu il y a longtemps ou qui sont tout près de nous. Il serait dommage que l’ignorance ou des préjugés nous privent de l’un ou l’autre aspect de cette richesse mélodique : soit des cantiques du XVIe au XIXe siècle qui nous relient à la foi de nos pères, soit des chants actuels qui traduisent ce que nous ressentons aujourd’hui. Pour pénétrer dans l’intimité d’une mélodie et nous familiariser avec ce que le compositeur voulait dire, il serait bon de l’écouter avant de la chanter, jouée sur le violon ou une flûte, ou sur un orgue à deux claviers où elle peut ressortir par rapport à l’accompagnement. On peut ainsi bien mieux saisir son mouvement affectif et ses nuances. On pourrait aussi demander à l’assemblée de la chantonner bouche fermée pendant qu’elle est jouée sur l’instrument d’accompagnement et que quelqu’un lit une strophe. Répéter morceau par morceau les diverses phrases musicales, les faire reprendre avec patience, comme avec des enfants.

Puisque la mélodie est un don de Dieu, pourquoi serait-il réservé à quelques rares privilégiés d’improviser et de composer des mélodies ? L’apôtre Paul parle de chanter « à Dieu… sous l’inspiration de la grâce » (Col.3:16). Il ne s’agit donc pas de composer des cantiques pour le chant de l’assemblée ou d’un soliste, mais de chanter pour Dieu d’abord « dans son cœur », puis, pourquoi pas, à pleine voix dans la solitude de la campagne – ou en conduisant sa voiture. Chacun peut essayer d’improviser une mélodie pour l’offrir à Dieu. Partez du sentiment qui vous anime : joie, louange, admiration, tristesse, angoisse, paix. Exprimer un sentiment l’approfondit, l’affine ou, parfois, nous en libère. Prenez exemple sur les psalmistes qui disaient à Dieu tout ce qui les agitait. Si c’était de l’amertume, de la révolte, de l’incompréhension, ils s’en délivraient en l’exprimant. Laissez-vous porter par le besoin de l’exprimer et trouvez en vous-mêmes les notes qui correspondent le mieux à ce qui remplit votre cœur.

Ne vous laissez pas troubler par le fait que peut-être vous chantez faux. Si votre « composition » est une suite de réminiscences, vous chantez en communion avec l’Église universelle. Peut-être vous oublierez aussitôt ce que vous venez de chanter, mais Dieu l’a enregistré. L’improvisation se cultive. Après la première hésitation pour vous « lancer à l’eau », vous y trouverez tant de plaisir que vous profiterez des prochains moments libres pour laisser ainsi
jaillir ce qui est en vous.

Qui sait si, en cultivant cette expression par la mélodie, vous ne trouverez pas l’une ou l’autre fois un air qui vaudra la peine d’être retenu (sur un cassettophone) et appris à d’autres, une ligne ou deux sur un verset de psaume par exemple. Une telle contribution renouvellerait certainement le chant de l’assemblée au culte.

c ) Harmonie

Vivre au XXe siècle, c’est jouir du privilège de pouvoir chanter à plusieurs voix – sur des harmonies classiques ou modernes. Dieu a créé la diversité entre les voix : voix d’hommes ou  de femmes, ténor ou basse, soprano ou alto. Le chant à 4 voix reflète l’une des caractéristiques essentielles de l’église selon le plan de Dieu, c’est-à-dire l’unité dans la diversité. Si chacun contribue au chant collectif selon les caractéristiques de sa voix donnée par le Créateur, il ne la
fatiguera pas et le résultat sera d’autant plus beau. Le chant spontané à plusieurs voix dans les églises du Pays de Galles est certainement l’une des plus belles choses que l’on puisse entendre. À côté d’un tel chant, l’unisson de la plupart de nos églises paraît plutôt maigre. Il ne reflète pas la créativité et la « sagesse infiniment variée » de Dieu.

Certes, chanter à plusieurs voix exige un travail qui effraie beaucoup de chrétiens, mais une louange digne de notre Dieu ne justifierait-elle pas un tel effort ? Et quel témoignage devant les visiteurs et les incroyants pénétrant dans une telle église ! Nos contemporains sont sensibles à la beauté et peut-être un beau chant de l’assemblée attirerait un certain nombre d’entre ceux qui ne sont guère motivés par l’écoute d’un sermon.

La chorale de l’église aurait sur ce plan un rôle important à jouer. Un dimanche, elle présenterait par exemple le chant d’un cantique nouveau et inviterait pour le dimanche suivant, avant le culte, tous ceux qui aimeraient apprendre à chanter ce cantique à plusieurs voix. Après un rapide exposé des différentes voix, l’assemblée se regrouperait autour des choristes qui se noyauteraient les autres en les entraînant à chanter leur voix. A raison d’un cantique par dimanche – ou d’un par mois -, on arriverait vite à constituer un répertoire polyphonique qui ferait certainement plaisir à Dieu, aux chanteurs et aux éventuels visiteurs.

L’harmonie peut aussi être mise en valeur par les instruments. Si les différents instrumentistes de l’assemblée jouent les quatre voix d’un cantique, ils pourront soutenir efficacement ceux qui les déchiffrent et ajouter leur note particulière à la louange d’ensemble.

Ne pas profaner les cantiques

Il y a diverses manières de profaner le chant consacré à l’Éternel : en chantant les cantiques comme des chants profanes c’est-à-dire pour le simple plaisir de chanter, pour se défouler, mécaniquement, sans penser aux paroles ; je peux même bavarder avec mon voisin pendant que les autres chantent. Oserions-nous le faire pendant la prière ? Or, la plupart des cantiques sont des prières chantées, des paroles portées par une mélodie. Par respect pour le Seigneur,
essayons de réfléchir aux paroles. Par la force de l’habitude elles perdent peu à peu leur signification. Parfois, il faut prendre le courage de ne pas chanter et de méditer le texte en silence. Au cours du culte, on peut aussi entonner simplement un cantique connu ou en indiquer les premières paroles pour ne pas couper l’atmosphère de recueillement.

L’animation du chant

Un bon animateur évite toute parole inutile (« Voudriez-vous prendre vos recueils… »), ne fait pas de remarques de corrections rythmiques ou mélodiques entre les strophes, évite d’intercaler des annonces entre des chants de louange, ne demande pas à plusieurs reprises de se lever, de se rasseoir. Il ne choisit pas les cantiques au hasard en dernière minute mais il prévoit avant la réunion une progression des chants de rassemblement vers des chants de louange et d’adoration. Il centre la louange sur un contenu précis, autour d’un thème à partir duquel on rayonne ou bien on progresse. Il a le souci de renouveler le fond et la forme de la louange. Il adapte le style des chants à l’auditoire : culte de l’assemblée, culte de jeunes, d’enfants, de famille…

Les genres sont différents : refrains bien connus qui font battre nos cœurs, cantiques traditionnels au texte plus riche, psaumes huguenots âpres et dynamiques, textes bibliques chantés, petits chœurs simples dont les paroles sont connues par cœur et permettent à chacun de vivre le chant affectivement et spirituellement. En alternant ces différentes sortes de cantiques, tous les aspects de la personnalité (intellectuel, affectif, spirituel) sont entraînés dans
la participation au culte. Certains cantiques se chantent obligatoirement debout (comment chanter assis : « Debout, sainte cohorte »?), d’autres, plus recueillis, se concilient mieux avec la position assise (« Mon âme en silence »). Si nous chantons le Psaume 47, nous y sommes exhortés à battre des mains. Pourquoi ne pas se tenir la main pour « Tous unis dans l’Esprit » ou « Ah, qu’il est beau de voir des frères d’un même cœur unis entre eux »? Rappelons-nous aussi
que l’on chante mieux debout.

Voici encore quelques règles que tout animateur de chant devrait prendre à cœur :

  1. Préparez sérieusement par la prière et la réflexion cette partie du culte.
  2. Établissez le contact avec votre auditoire par quelques paroles personnelles.
  3. Ne vous substituez pas au prédicateur : soyez aussi bref que possible dans vos présentations ou vos commentaires.
  4. Variez la manière de proposer, de présenter ou d’introduire un chant (voir ci-dessous).
  5. Lorsque vous annoncez un chant, dites d’abord le titre, répétez deux fois l’indication du numéro de façon distincte.
  6. Dirigez le chant d’une manière enthousiaste, amicale mais digne, par votre chant autant que par vos gestes.
  7. Ne fatiguez pas l’auditoire en le faisant se lever trop souvent (deux fois avant le message est un maximum).
  8. Laissez entre les strophes le temps suffisant pour reprendre le souffle.
  9. Évitez d’user trop vite un chant en le faisant chanter trop souvent : gardez une liste de ceux que vous avez proposés.
  10. Tâchez de connaître à fond votre recueil de cantiques (ou vos recueils). Mémorisez un bon nombre de chants. Faites-vous des fiches avec un choix de cantiques pour chaque type de culte et chaque thème principal.

Peut-être serait-il utile de relire de temps en temps les règles que Wesley donnait au sujet du chant :

  1. Que tous chantent : veillez à ce que toute l’assemblée se joigne au chant.
  2. Chantez allègrement et avec courage.
  3. Chantez modestement : ne braillez pas pour qu’on vous entende à part de toute l’assemblée: vous détruiriez l’harmonie. Tâchez d’unir vos voix pour faire un son mélodieux.
  4. Chantez en rythme avec les autres : ni plus vite, ni plus lentement.
  5. Par-dessus tout : Chantez spirituellement. Ayez un regard vers Dieu dans chaque parole que vous chantez. Ayez à cœur de Lui plaire plus qu’à vous-même ou à quelque autre créature. C’est pourquoi faites strictement attention à ce que vous chantez et veillez à ne pas laisser vos cœurs être détournés (de Lui) par les sons, mais qu’ils soient constamment offerts à Dieu. Ainsi votre chant ici-bas sera approuvé par le Seigneur et il vous récompensera lorsqu’il viendra sur les nuées du ciel.

Nous pouvons y joindre quelques suggestions de K. Osbeck sur la manière d’introduire un culte où le chant a une place spéciale :

  • Lire un passage de l’Écriture au sujet du chant (ex. Ps. 149:1; Col. 3:16; Eph. 5:19).
  • Prier que Dieu bénisse cette partie du culte consacrée au chant.
  • Citer une strophe du cantique.
  • Reprendre un chant ou un chœur servant d’indicatif pour une période donnée.
  • Insérer un solo instrumental ou vocal.
  • Indiquer une série de chants qui se suivront sans interruption (en noter les numéros sur un tableau ou une grande feuille).

Quelques idées pour renouveler un chant connu :

  • faire lire le texte en silence pendant qu’un instrument en joue la mélodie pour s’en imprégner et se l’approprier avant de la chanter,
  • introduire un temps de silence pour réfléchir au contenu du cantique,
  • relever un mot, une idée en les reliant à une expérience personnelle ou à un texte biblique qui l’illustre
  • relier tel détail à un épisode de la vie de l’auteur, telle strophe à un événement où elle a été une bénédiction,
  • faire dire occasionnellement tous ensemble les paroles d’une strophe comme une prière,
  • lire une strophe au milieu du cantique au lieu de la chanter (attention : pas toujours la 3e!),
  • alterner voix d hommes, voix de femmes, voix mixtes, chant à l’unisson et chant à plusieurs voix, faire chanter le couplet d’une strophe en solo, duo ou quatuor et le refrain par tous,
  • faire chanter une strophe sans accompagnement,
  • monter la tonalité d’un demi-ton sur une strophe que l’on veut mettre en évidence (si l’accompagnateur peut suivre).

On peut aussi introduire certains chants en donnant quelques indications sur l’auteur ou le compositeur, sur les circonstances qui ont donné naissance à ce cantique (G. Isely : Ainsi sont nés nos cantiques, Au temps où la foi chantait – malheureusement épuisés).

Le choix des cantiques

Choisir un cantique approprié est souvent une tâche longue et difficile. Pourtant, de nombreux témoignages soulignent l’importance du bon choix : si le cantique appuie le message, il renforce son impact et lui donne un prolongement plus durable ; en effet, les paroles du chant pourront facilement revenir à la mémoire grâce à la mélodie et à la répétition qui fixe encore davantage en nous le message entendu.

a ) Quelques règles générales

Comment donc choisir le bon cantique ? Le texte d’abord. Si les tables analytiques du recueil nous sont familières, nous nous tournerons d’emblée vers la catégorie voulue : chants de consécration, confiance en Dieu, soumission dans l’épreuve, espérance…

On peut même se constituer son propre ficher analytique selon les thèmes des cantiques de plusieurs recueils en usage. Les nouveaux recueils n’ont pas classé leurs cantiques par catégories et gagneraient à être complétés par un index personnel qui classe les chants suivant l’usage approprié : louange, réconfort, consécration, prière, action de grâces, appel, témoignage… Dans ce classement, il faudrait aussi tenir compte des strophes 2, 3, 4 qui peuvent aborder des sujets différents de la première. Rien ne nous oblige à chanter toutes les strophes et à commencer toujours par la première. Ne pas oublier, dans cette classification, les Psaumes qui, généralement, ne sont pas analysés d’après leur contenu. Parfois, la table des auteurs et des compositeurs peut aussi aider la mémoire défaillante à retrouver un cantique.

Certaines tables alphabétiques incluent les débuts des refrains les plus connus. Pour pouvoir utiliser les paroles d’un cantique dont la mélodie est peu connue ou difficilement chantable, on peut se constituer un tableau des mètres poétiques de ces cantiques et trouver une mélodie sur laquelle adapter ces paroles, mais il faut vérifier sur l’ensemble du texte si l’adaptation est valable.

La mélodie a une importance seconde, mais non secondaire, car un cantique avec un air peu adapté au texte, fabriqué ou mal rythmé, laissera une impression désagréable qui se répercutera, hélas, aussi sur les paroles. Comme les goûts changent avec les époques, les lieux et l’âge des chanteurs, il faut bien connaître son auditoire pour trouver les chants appropriés.

Évitons de privilégier un seul genre. II serait dommage que les jeunes générations ignorent les beaux psaumes du XVIe siècle, les chorals et les chants du Réveil, et que les aînés boudent les mélodies valables nées ces dernières années. Si l’on peut choisir ses cantiques alternativement dans un style classique et un autre plus moderne, les différents membres de l’assemblée seront satisfaits et trouveront en même temps une occasion d’élargir leur horizon. Le responsable musical ressemble à ce maître de maison dont parle Jésus « qui sait tirer de sa réserve des choses anciennes et des nouvelles » Mat.13 : 52).

Autrefois, on veillait avec beaucoup de soin à ce que la mélodie soit bien appropriée aux paroles. C’était particulièrement le cas lorsque le compositeur partait du texte pour y adapter sa musique. Cela fut le cas au XVIe siècle. « L’union poésie et musique, écrit Marc Honegger, était réalisée d’une manière parfaite dans la simple monodie du choral de Luther, dans sa version première, car là, il y avait vraiment cette réaction du mot sur la ligne mélodique et cette interdépendance absolue des deux arts qui ont fait de la Renaissance le siècle par excellence
de la musique vocale. » (« Le choral protestant » dans P.M. 50 p.104-105). Au XIXe siècle, des poètes tels que Ruben Saillens ont su trouver des paroles françaises pour des cantiques d’origine anglaise sans que l’on remarque la trace d’une traduction.

Il ne suffit pas que texte et mélodie coïncident dans leurs accents rythmiques, il faut encore que le caractère de la musique soit bien adapté au thème du cantique, c’est-à-dire que le message porté par la phrase musicale renforce celui des paroles. Comment, par exemple, a-t-on pu adapter « Toujours joyeux » sur la mélodie si nostalgique de Sibelius ou « Nul n’est sage, nul ne cherche Dieu » sur un air de valse ? Les cantiques que l’on aime chanter sont ceux où l’on sent une unité profonde entre le sens de la musique et celui des paroles : « C’est un rempart que
notre Dieu », « Mon cœur joyeux plein d’espérance », « Je louerai l’Éternel », « De son trône de clarté… » sont des exemples parfaits.

b ) Le choix des cantiques pour le culte

Un frère m’a confié un jour : « Tu sais, le choix des cantiques pour le culte me cause autant de cassement de tête que la préparation du message. » Voici quelques règles qui pourront être utiles à tous :

  1. Le premier cantique devrait être bien connu de tous afin qu’il puisse être chanté avec conviction et entrain par toute l’assistance. Il permet d’emblée de fermer la porte aux préoccupations de la vie quotidienne et de se placer dans la présence de Dieu. Mieux vaut centrer tout de suite les pensées sur Dieu, ses perfections et son œuvre que de s’arrêter
    longuement sur nos sentiments. Là où les Psaumes sont encore connus, ils constituent en général une excellente entrée en matière – et s’ils ne le sont pas, c’est une raison suffisante pour les remettre en honneur.
  2. Le ou les cantiques suivants peuvent être plus subjectifs et parler de notre attitude en venant dans la présence de Dieu (humiliation, confession des péchés, joie du pardon, amour pour le Seigneur).
  3. Avant le message, un cantique exprimant notre disponibilité pour écouter ce que Dieu veut nous dire (« A tes pieds ô divin Maître… », « Parle, parle Seigneur… », « C’est vers toi que je me tourne », « Éternel, fais-moi connaître tes voies ».
  4. Le choix du cantique suivant le message est le plus délicat : il devrait renforcer l’un ou l’autre point important de ce qui vient d’être dit et le graver dans les cœurs. C’est pourquoi il devra être choisi par le prédicateur lui-même ou par celui qui préside, après avoir pris connaissance du thème du message. Dans ce cas, il devrait avoir la liberté de modifier son choix pendant le sermon.
  5. Le dernier chant est celui qui résonnera le plus longtemps dans l’esprit des fidèles ; s’il porte l’idée d’une bénédiction, de la force que Dieu donne pour affronter les problèmes et les tentations, il pourra prolonger l’effet du culte.

Ces indications sont surtout valables pour des cultes traditionnels. Dans certains milieux, l’habitude de cultes plus informels, où la louange par le chant a une plus grande part, se répand rapidement. Là aussi, il serait bon qu’un animateur prépare une liste de chants suivant un itinéraire spirituel (rassemblement, prière de repentance, foi dans le pardon, louange de la grâce de Dieu…) pour que le moment de chant ne ressemble pas à 1’heure des « disques des
auditeurs » à la radio. Le culte est là avant tout pour Dieu, non pour le plaisir de chanter ses hymnes favoris.

c ) Le choix des cantiques d’évangélisation

Celui-ci s’avère particulièrement délicat en période post-chrétienne. La plupart des chants classés comme tels dans nos recueils traditionnels ne « passeraient plus » aujourd’hui (« Arrête, ô pécheur, arrête… », « Venez au Sauveur… »): ce n’est pas en se sentant agressés que les gens se trouveront attirés par l’Évangile, d’autre part, le « patois de Canaan » de la plupart de ces cantiques n’évoque d’autre représentation qu’un monde clos, refermé sur lui-même et dépassé.

L’évangélisation par le chant peut être envisagée sous différentes formes : louange de Dieu « parmi les peuples » (Ps. 57:10;108:4), témoignage du bonheur de sa vie avec Christ, promesses à ceux qui s’attachent au Seigneur, invitation à se tourner vers lui… Certains chants de louange peuvent également convenir ; il suffit que les paroles disent vraiment quelque chose à « ceux du dehors ». Certaines prières peuvent être comprises comme adressées par le groupe
de chant à Dieu, mais peuvent aussi être reprises implicitement par les auditeurs touchés par le message (Sur les chemins de la vie, sois ma lumière, Seigneur… Touche nos oreilles… Parle, parle Seigneur, ton serviteur écoute… Tu es là au cœur de nos vies… Lumière et paix… Seigneur, tu es notre joie, notre vie, notre espérance…).

Les témoignages peuvent être de nature très différente : ce que le Seigneur a fait pour nous (Ta lumière a brillé dans la nuit… tu éclaires tous nos pas… Il est venu sur nos chemins illuminer nos lendemains… J’ai cherché le Seigneur et il m’a écouté, il m’a guéri de mes peurs…), ce qu’il a fait dans l’histoire des hommes (Nous avons vu les pas de notre Dieu croiser les pas des hommes… Il est ressuscité… Il vit) ou ce qu’il fera (Aube nouvelle dans notre nuit : pour sauver son peuple, Dieu va venir… Quand s’éveilleront nos cœurs à la voix du Dieu vivant…).

Les chants d’appel qui toucheront le plus seront ceux où l’auditeur comprendra qu’ils s’adressent à lui dans sa situation présente, déchiré entre des aspirations contradictoires, angoissé par des problèmes insolubles (Vous qui ployez sous le fardeau, vous qui cherchez le vrai repos, ne craignez pas pour votre corps, ne craignez pas devant la mort, levez les yeux vers le Seigneur, criez vers lui sans perdre cœur. Vous qui tombez sur le chemin, le cœur blessé par les chagrins… Prenons la main que Dieu nous tend, voici le temps où Dieu fait grâce à notre terre : Jésus est mort… Tournez les yeux vers le Seigneur et rayonnez de joie…).

L’essentiel est que les paroles soient bien comprises (donc pas d’harmonisation trop sophistiquée, ni d’accompagnement instrumental qui couvre les voix) et que le refrain, simple et court, soit répété suffisamment de fois pour qu’il se grave dans la mémoire de ceux qui sont disposés à entendre l’appel de Dieu.

Chants spontanés

Dans certaines églises, on voit affiché un tableau indiquant les « chants spontanés » prévus pour chaque culte. Pour éviter tout risque de désordre, la spontanéité a été organisée. Tel n’était certainement pas le sens primitif de l’expression « chants spontanés ». Le vrai chant spontané jaillit au milieu d’un moment de prière ou d’adoration, entonné par un participant et repris immédiatement par les autres. Il s’intègre dans le thème général de la louange, fait reprendre par tous une parole biblique qui vient d’être citée, prolonge une prière, appuie une requête ou y
répond par une promesse, fait participer tous les fidèles au même moment à l’expression d’une prière collective. Dans un culte liturgique, les réponses chantées par l’assemblée se rapprochent du chant spontané par le fait qu’ils sont entonnés par tous à certains moments sans qu’on en indique le numéro ; ils en diffèrent cependant parce qu’ils sont prévus et interviennent à un moment bien déterminé. Le chant spontané est la forme idéale du chant chrétien collectif ; rien ne distrait l’attention : ni recueil, ni déchiffrage de la mélodie, ni directeur de chant ; on peut se concentrer entièrement, éventuellement même les yeux fermés, sur la louange ou l’adoration formulée par les paroles. Si une pensée exprimée par un texte biblique, une prière ou un mot de témoignage me rappelle les paroles d’un chant, je peux y associer toute la congrégation en l’entonnant spontanément et, par-là, je contribuerai certainement à l’édification commune.

Le chant spontané manifeste plusieurs dimensions importantes du Corps de Christ : l’unité dans la diversité, sa complémentarité, la communion des membres et la souveraineté de Dieu sur le culte. L’habitude du chant spontané cultivera celle d’apprendre les chants par cœur, donc de les chanter « par le cœur ». Ainsi nous pourrons louer Dieu n’importe où, en faisant des tâches ménagères, dans la voiture, en nous promenant… Qui sait dans quelles circonstances ils resurgiront pour nous garder d’une tentation nous consoler dans une épreuve ou nous fortifier
dans la difficulté. Peut-être aussi serons-nous contents un jour de disposer d’un recueil de cantiques dans nos mémoires parce que tout autre recueil nous fera défaut.

Quelques indications pratiques qui peuvent encourager et améliorer la pratique de ce chant spontané

Avant d’entonner un chant, il est bon de veiller à ce qu’il soit suffisamment connu, se le chantonner rapidement pour voir si les notes basses et élevées ne dépassent pas la tessiture normale, corriger éventuellement sa propre particularité à chanter aigu ou grave (à cause des autres, entonner un peu plus haut si l’on est basse ou alto). Dire les paroles avant de les chanter attire l’attention sur le contenu, fait le lien avec ce qui a précédé et avertit les autres ;
ainsi on ne restera pas longtemps à chanter seul. Si le chant était trop bas ou trop haut, le reprendre une fois fini à la bonne hauteur pour ne pas rester sur un échec.

Comme en toute chose, c’est le premier pas qui coûte : la première fois qu’on entonnera un chant, le cœur battra un peu plus vite. II en est comme de la prière à haute voix, il faut se lancer à l’eau à un moment donné, l’habitude vient avec le temps. Il vaut donc mieux commencer dans une rencontre plus familière que dans le culte, dans un foyer ou une cellule de prière. L’alternance de prières individuelles et de chants spontanés collectifs nous fait pénétrer dans
une profondeur de louange et d’adoration que la parole seule ne peut atteindre.

Autre forme de chant spontané exigeant un peu plus de dons et d’habitude : la composition sur place d’un petit refrain repris par tous. Peut-être étaient-ce de telles improvisations que l’apôtre Paul appelait des « cantiques spirituels » chantés « sous l’inspiration de la grâce ». À plusieurs reprises, un verset du texte lu pour introduire le moment de louange m’a suggéré une mélodie. Il suffisait de relire à haute voix les paroles, puis de jouer les notes correspondantes à l’orgue pour que l’assemblée les reprenne deux ou trois fois. Dans ce cas, le chant spontané renforçait le texte biblique et allait dans le même sens que le thème proposé à la louange. Cela pouvait fort bien être un chant « à usage unique » déjà oublié à la fin du culte. Peu importe : il était pour Dieu et pour soutenir notre louange ce jour-là.

La chorale

La chorale d’église figure dans certains milieux parmi les traditions intouchables. La répétition hebdomadaire, le chant dominical sont des habitudes de longue date que personne ne voudrait changer. Ailleurs, c’est aux grandes occasions seulement que la chorale se produit ; ou bien on constitue un groupe ad hoc pour une série d’évangélisation ou d’édification.

Pourquoi une chorale ?

Tous les Israélites étaient exhortés à chanter pour l’Éternel, cependant certains Lévites étaient mis à part pour conduire ce chant, pour l’enseigner et pour apporter au culte une contribution spéciale par les cantiques et le jeu d’instruments. Telle peut être encore la vocation d’une chorale dans une église. L’ordre : « Chantez à l’Éternel » s’adresse à tous. Mais certains membres du Corps local possèdent une belle voix et ils ont un peu de temps disponible pour les répétitions. S’ils prennent à cœur l’exhortation de Pierre : « Que chacun de vous mette au service des autres le don qu’il a reçu » (1 Pierre 4:10), la chorale ne connaîtra pas de problème de recrutement. La spécificité de son ministère justifie une certaine sélection dans le recrutement de ses membres, car la qualité importe plus que le nombre.

Quelle est la fonction d’une chorale d’église ?

Elle contribue à la louange qui monte de l’église vers Dieu, elle rehausse l’éclat et la beauté du culte, elle sert l’édification du Corps de Christ, elle apporte un témoignage de foi et d’harmonie à ceux du dehors et, par-là, aide à l’évangélisation. Certains n’oseraient jamais parler en public, ils hésitent même à prier à haute voix dans une réunion mais, dans la chorale, ils peuvent exprimer leur foi par le moyen du chant et s’y donner de tout leur cœur.

Les membres de la chorale exercent aussi, les uns à l’égard des autres, un ministère mutuel d’encouragement et d’exhortation, de soutien et de consolation. Enfin, la chorale est un lieu de communion à l’intérieur de la communauté ecclésiale, un point de rencontre et de contacts réguliers et profitables.

Elle offre à ses membres une possibilité de ministère valable, elle leur fixe des objectifs précis, tend leurs énergies vers un but (le chant du dimanche suivant, le témoignage à l’hôpital, la soirée de Noël ou le concert annuel) et leur fait partager la joie d’avoir réalisé quelque chose de difficile et de beau.

S’intégrer à une chorale enrichit sur le plan humain comme sur le plan spirituel : on éprouve la joie de mettre son don au service des autres, d’être un organe dans un corps, de participer à l’œuvre commune, en faisant de son mieux, selon son talent et sa particularité de voix (basse ou ténor, soprano ou alto), sans se mettre en avant en faisant dominer sa voix, mais en suivant des yeux toute les indications du chef de chœur.

Tout cela fait partie du programme de la plupart des chorales et justifie déjà amplement leur existence. Quelques objectifs complémentaires peuvent s’ajouter à ces activités ou remplacer certaines d’entre elles. La chorale se compose de gens qui ont plus de facilité que d’autres pour apprendre de nouveaux chants. Elle aura donc un rôle important dans l’introduction de ces chants au répertoire d’une église. En plus du chant à quatre voix qu’elle présentera au prochain culte, elle pourrait chaque semaine apprendre un nouveau chant du recueil (à l’unisson ou à
plusieurs voix), le chanter une fois en entier devant l’assemblée puis inviter celle-ci à le reprendre avec elle. S’il s’agit d’un chant difficile, elle fragmentera l’apprentissage en plusieurs lignes mélodiques. Comme dit plus haut, cet apprentissage devrait se faire avant le culte pour que tous puissent reprendre ensuite le nouveau cantique sans hésitation.

La chorale peut aussi remplacer le soliste dans le chant responsorial ou constituer l’un des chœurs dans le chant antiphoné. Il existe un certain nombre de cantiques qui peuvent être fragmentés en lignes mélodiques de trois à quatre mesures chantées d’abord par la chorale, reprises ensuite telles quelles par l’assemblée. Supposons qu’on veuille apprendre « Grand Dieu nous te bénissons » à une assemblée. La chorale chanterait « Grand Dieu, nous te bénissons ». L’assemblée reprendrait la même ligne, puis la chorale : « Nous célébrons tes louanges » repris
par l’ensemble.

Une autre possibilité est le chœur antiphoné. La chorale chanterait : « Grand Dieu nous te bénissons » et l’assemblée lui répondrait : « Nous célébrons tes louanges ». Ce cantique a été improvisé de cette manière par Ambroise de Milan et St-Augustin lors du baptême de ce dernier. Il s’adapte bien à ce genre d’exécution. La plupart des chorals où la première phase musicale est répétée deux fois conviendraient à une telle exécution (C’est un rempart que notre
Dieu), ainsi que les Psaumes (Il faut, grand Dieu, que de mon cœur) et certains chants plus récents (Torrents d’amour et de grâce).

Chanter avec expression et conviction

Le témoignage d’une chorale auprès des chrétiens comme de « ceux du dehors » est lié à son expressivité c’est-à-dire à la manière dont les choristes manifestent l’authenticité, le vécu du chant dans toute leur attitude corporelle, dans leur expression du visage correspondant au contenu des paroles. Le public sent d’emblée s’ils vivent ce qu’ils chantent, s’ils rayonnent effectivement la joie en Christ dont parlent leurs cantiques.

Dans A chacun son Dieu, M. Splingard rapporte l’histoire suivante : « Le maître Reichel dirigeait une répétition de son ensemble vocal en vue de l’exécution du Messie de Haendel. Le chœur venait de parvenir à 1’endroit où la soprano allait entonner le fameux refrain : « Je sais que mon Rédempteur est vivant. » Quand elle eut terminé, les regards se tournèrent vers Reichel, s’attendant à le voir exprimer sa satisfaction. Au lieu de cela, il s’approcha de la chanteuse et lui dit : « Ma fille, est-ce que vous savez vraiment que votre Rédempteur est vivant ? » – Oui, pourquoi? – Alors chantez-le ! Dites-le de telle sorte que tous ceux qui vous entendent comprennent que vous connaissez la joie et la force de la résurrection du Christ. » Et il ordonna à l’orchestre de recommencer. La soliste chanta cette fois comme si elle venait d’expérimenter pour la première fois dans sa propre vie la puissance de la résurrection. Tous ceux qui
l’entendirent eurent de la peine à contenir des sanglots. Le maître s’approcha d’elle, les yeux embués de larmes : « Maintenant, je suis certain que vous savez, puisque vous me l’avez dit. »

Mais là ne s’arrête pas l’exigence de vérité qui s’impose à une chorale chrétienne. Chaque nouveau cantique gagnera à être médité avant d’être chanté. Il serait bon de prévoir un moment pour cela, par exemple à la fin de la réunion de prière introduisant la répétition, pour que chaque choriste lise attentivement les paroles et les fasse siennes afin de pouvoir les chanter avec une pleine conviction. C’est à ce moment que l’on pourra également élucider le sens de
certaines expressions et préciser la raison de telle ou telle formulation. Si l’accord sur le message est unanime, celui-ci passera certainement mieux que si certains le chantent avec réticence.

Un excellent exercice sera de faire dire à chacun les paroles pour lui-même avec les gestes et la mimique qu’il jugera appropriés. Même si, par la suite, l’expression du visage traduit encore seule les sentiments accompagnant les diverses phases du message chanté, celle-ci sera beaucoup plus parlante si elle est en quelque sorte une « réduction » d’une expression corporelle plus complète. Ici ou là, un geste discret pourra souligner une phrase.

L’unité de la chorale

Autre point sur lequel il faudra veiller avec beaucoup de soin : l’unité intérieure de la chorale. Comme pour tout groupe chrétien où la communion est plus profonde que dans un rassemblement informel, la véritable unité n’est pas automatique ; elle est un cadeau de Dieu qui demande à être sauvegardé contre les attaques de l’Ennemi. Rien n’est plus naturel – c’est-à-dire conforme à notre ancienne nature – que des rivalités, des jalousies, des ressentiments surgissant parce qu’on a pas été honoré comme on pense l’avoir mérité, parce que son avis n’a pas été pris en considération… Puis on chante comme si de rien n’était, comme si l’on formait le groupe le plus uni. Mais le courant ne passe pas, le St-Esprit n’a pas la liberté d’utiliser la chorale comme s’il n’y avait pas de barrière entre les choristes. C’est pourquoi il vaut mieux renoncer à chanter si un conflit latent n’est pas réglé, passer du temps à prier et à s’expliquer plutôt que de répéter. Exigence stressante si l’on se trouve peu de temps avant un concert annoncé dans la presse – mais pression salutaire. Avec quelle joie on peut chanter ensuite lorsqu’au pied de la Croix on a confessé ses torts, accordé le pardon aux frères et sœurs, retrouvé la communion en Christ et l’amour qui nous lie les uns aux autres. Nous en avons fait plus d’une fois l’expérience.

Cet article a été reproduit avec la permission de M. Alfred Kuen et de M. Charles Eberli. C’est le chapitre 4 du livre « Oui à la musique » (ISBN 2-2827-0031-3) des Éditions Emmaüs, C.P. 68, CH – 1806 St-Légier. Tous droits réservés. Ce livre est épuisé.

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