Qu’est-ce qui est vraiment en jeu dans le débat contemporain/traditionnel?

Qu’est-ce qui est vraiment en jeu dans le débat contemporain/traditionnel?

Ayant été un pasteur et un musicien actif durant les 37 dernières années, quelquefois je me demande si cela va un jour se terminer, puis je regarde en arrière dans l’histoire et je vois qu’un « débat » a fait rage depuis le tout début de l’histoire de l’église. Bien sûr, même la définition du mot « contemporain » est confuse puisqu’elle change littéralement à tous les jours. On ne peut conclure ce dialogue dans un court article, ou même dans une collection de livres, c’est une discussion nécessaire qui va continuer jusqu’à ce que l’Église se réunisse avec Jésus-Christ au souper de mariage de l’Agneau et alors nous connaîtrons tous comme nous avons été connus, fini le débat!

En attendant, nous devons continuer à fonctionner dans le moment présent, cherchant à être pertinent et relié à notre héritage, notre théologie et notre culture. Il y aura toujours une inévitable et occasionnellement frustrante friction avec l’histoire et le changement, avec la tradition et l’innovation, avec l’âge et la jeunesse, avec ce qui a été et ce qui devrait être. Plusieurs faits apparemment évidents vont aider à clarifier la question de ce qui est en jeu :

  1. Nous ne devons pas oublier qui nous sommes, alors que nous cherchons qui nous voulons devenir. En tant que personnes sauvées par la grâce merveilleuse de Dieu, nous sommes de nouvelles créatures en Jésus-Christ, nous efforçant de devenir à la ressemblance de Jésus-Christ. Notre juste ambition est de grandir dans la « plénitude de sa stature » (Éphésiens 4:13 – jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ).
  2. Il y a un riche héritage de chrétiens qui nous ont précédés dans ce pèlerinage chrétien, desquels on nous demande d’apprendre (Tite 2 : 1 à 8 – Pour toi, dis les choses qui sont conformes à la saine doctrine. Dis que les vieillards doivent être sobres, honnêtes, modérés, sains dans la foi, dans la charité, dans la patience. Dis que les femmes âgées doivent aussi avoir l’extérieur qui convient à la sainteté, n’être ni médisantes, ni adonnées au vin; qu’elles doivent donner de bonnes instructions, dans le but d’apprendre aux jeunes femmes à aimer leurs maris et leurs enfants, à être retenues, chastes, occupées aux soins domestiques, bonnes, soumises à leurs maris, afin que la parole de Dieu ne soit pas blasphémée. Exhorte de même les jeunes gens à être modérés, te montrant toi-même à tous égards un modèle de bonnes œuvres, et donnant un enseignement pur, digne, une parole saine, irréprochable, afin que l’adversaire soit confus, n’ayant aucun mal à dire de nous.) Plusieurs d’entre eux ont légué une ressource riche et variée d’hymnes, remplie des fondements de notre foi liés à l’expérience pratique.
  3. De notre histoire, nous obtenons de la perspective et de la stabilité, de notre innovation, nous obtenons de la pertinence et de l’énergie. Mon observation est que la stabilité sans l’énergie tourne rapidement vers la froideur, mais l’énergie sans la stabilité manque de direction et de but (c’est même téméraire).

« Traditionnel », il semble, en est venu à signifier ancien, mort, non pertinent et ennuyeux. Qui pourrait désirer honorer la tradition si c’est tout ce que cela signifie? « Contemporain », d’un autre côté, implique de l’énergie, de la nouveauté, de l’innovation et de la pertinence. Ce qui est important dans ce débat est que nous permettions volontairement et habilement que le meilleur de ce que nous avons appris de nos traditions, informe et stabilise nos tentatives d’être nouveaux et créatifs.

Dans les arts, un jugement sûr en ce qui a trait à l’innovation est ce qu’il y a de plus subjectif. Et cela, en dépit des tentatives les plus sérieuses d’objectivité dans l’évaluation des nouveautés, mesurées par les normes de la littérature qui ont survécu au test acide du temps. Si nous n’avons pas pris le temps de découvrir ce qui rend notre tradition riche, comment pouvons-nous richement innover? Gardant cela en tête, alors, il y a peut-être quelques petites choses en vue dans ce débat continuel.

La zone de confort de ceux qui adorent

Une fois qu’une zone de confort est établie, nous devenons assez protecteurs vis-à-vis d’elle. Si nous sommes des musiciens, nous développons une certaine habileté sur notre instrument et nous apprenons plusieurs trucs du métier. Aussi longtemps que la musique que nous faisons est à l’intérieur du répertoire de notre technique, nous sommes confortables et nous l’interprétons de manière acceptable. Lorsque le style musical met au défi nos habiletés et que nous l’interprétons de manière médiocre ou beaucoup moins adéquatement, nous n’aimons naturellement pas cette musique. Notre goût va aussi selon nos habiletés. Il est facile d’aimer ce que nous faisons bien et généralement ne pas aimer ce que nous ne faisons pas bien.

C’est aussi vrai pour ceux qui assistent à nos cultes d’adoration. Ils aiment aussi ce qu’ils font le mieux, et ils font le mieux ce qu’ils aiment. S’ils ont appris à lire la musique, un livre de cantiques avec les notes devant eux est beaucoup plus confortable. S’ils n’ont jamais appris à lire la musique, ces notes ajoutent simplement de la confusion, et les paroles projetées sur le mur pour que tous puissent lire et chanter sont beaucoup plus confortables. Il semble que nous avons étiqueté un livre de cantique avec de la musique comme étant « traditionnel » et les paroles projetées sur le mur comme « contemporain », en poursuivant le débat. Il est difficile de déclarer qu’une façon est meilleure que l’autre, parce qu’elles ont toutes leurs avantages. En cela et en beaucoup d’autres façons, le débat est une question de zone de confort.

La compréhension de base de l’adoration en commun

Est-ce que cela va être un joyeux ralliement pour Dieu, ou une célébration majestueuse de sa sainteté? En fait, la réponse à cette question est « oui »! Une compréhension des dynamiques de « l’impression » et de « l’expression » est utile. Sommes-nous là pour nous tenir dans le respect vis-à-vis de la grandeur de la personne de Dieu, impressionné par Sa Vérité, et enseignés dans notre compréhension des dogmes éternels, ou sommes-nous là pour nous exprimer et être gonflés à bloc lors du retour à la maison et survivre encore une autre semaine?

Nous vivons dans un monde impersonnel et au rythme rapide qui est demeuré avec la question, « qu’est-ce qu’il y a pour moi? » Est-ce que nous adorons pour être impressionnés par Dieu de façon à faire face à notre péché, pour reconnaître notre besoin et notre assurance de pardon, et pour offrir des prières d’intercession, de compassion et des requêtes, toutes dans un contexte de communion avec Dieu et avec Son Église? Ou sommes-nous dans l’attente du coup d’envoi, une expérience de joie et de communion avec notre propre satisfaction comme but principal? Est-ce que nous évaluons honnêtement notre expérience d’adoration sur la base de la satisfaction de Dieu ou de la nôtre? Sommes-nous intéressés par une révélation exacte et biblique de Dieu qui identifie qui Il est dans toute Sa sainteté, justice et grâce, ou sommes-nous intéressés à ce que nos besoins soient assouvis? En réalité, lorsque Dieu est content, Il va répondre à nos besoins. Il a toujours donné au-delà de que qu’on lui remet. Il aime bénir Son peuple, mais nous ne devons pas essayer de faire quelque chose pour Lui de façon à ce qu’Il soit obligé de nous bénir en retour! Dans les meilleures traditions de culte, une tentative honnête est faite pour représenter Dieu et nos besoins individuels, afin de Le connaître personnellement à travers Jésus-Christ.

En apprenant à connaître Dieu de façon exacte, nous venons à la connaissance de qui nous sommes, à travers Sa rédemption, nous trouvons notre place dans Son plan. La pratique des années 1990 semble renverser cela et essaie de trouver où Dieu peut s’insérer dans nos plans, s’il y reste une place. Un lien vital avec la tradition serait très sage et utile pour garder notre débat informé et pertinent.

Nous n’avons aucune d’excuse pour être non pertinent! Le Dieu éternel doit être représenté dans des termes que chaque génération peut s’approprier. Nous devons « connaître le langage » de la communication avec notre culture de façon à la relier avec la vérité éternelle. Nous continuons le débat contemporain/traditionnel parce que nous devons demeurer « dans le coup » tout en ne perdant pas notre identité ou notre raison d’être. Comprendre la nature et l’objet du culte en commun est le but! Ceux qui n’ont jamais étudié l’histoire des grandes liturgies chrétiennes doivent être très prudents, car leurs tentatives contemporaines mettent un trait sur l’existence même de l’Église dans le monde. Le journaliste Peter Jenings a fait une très astucieuse observation dans la conclusion de son documentaire télévisé « In God’s Name » (Au nom de Dieu) lorsqu’il a dit, « alors que ces églises (contemporaines) essaient d’attirer des foules considérables, sont-elles en danger de vendre l’évangile? » Des paroles que chacun d’entre nous, qui sommes impliqués dans l’Église, devons considérer très sérieusement.

L’orgueil dans ses diverses formes peut très bien être une des raisons de ce débat continuel

La fierté dans ce que nous faisons n’est pas mauvaise aussi longtemps que nous le faisons comme un acte d’adoration pour la gloire absolue de Dieu! Chaque serviteur qui est appelé à l’adoration doit présentement examiner son cœur. Qu’est-ce qui nous motive réellement? Est-ce que nous aimons simplement notre rôle de direction? Est-ce simplement une course pour faire chanter les gens ou pour prendre la direction dans un environnement public? Les motifs de tous ceux qui dirigent doivent être constamment examinés à la lumière du Saint-Esprit! Dieu n’est pas tellement intéressé par ce que nous faisons jusqu’au moment où les raisons pour lesquelles nous le faisons sont claires pour Lui! Peut-être que vous êtes un organiste extraordinaire qui peut jouer pendant un culte comme peu de personnes dans le monde peuvent le faire. Vos improvisations, introductions, accompagnements et votre habileté à faire que le culte « coule » sont sans égal. Ou peut-être que vous êtes un chanteur merveilleux et bien formé qui peut
s’élever avec les voix humaines les plus raffinées dans le monde, durant vos expressions d’excellence et de louange. Peut-être que vous pouvez jouer de la batterie, du clavier ou de la guitare avec le meilleur de ce que l’industrie peut offrir, toutefois vous aimez interpréter dans le contexte vivant et spontané du culte en commun.

La performance pour un réel interprète est un facteur de motivation extrêmement stimulant, mais souvenez-vous, Dieu n’est pas intéressé par notre art jusqu’au moment où Il sait que nos cœurs sont parfaitement avec Lui et que nous faisons ce que nous faisons pour la pure joie de Sa satisfaction. Un cœur orienté vers la gloire de Dieu va chercher à s’exprimer lui-même de façon artistique, mais un artiste avec des motifs impurs et malsains est une odeur nauséabonde à Ses narines.

Nous pouvons tenir à nos traditions ou insister sur nos innovations pour des raisons d’identité. Nous pouvons aimer la grande musique du passé (il y a en beaucoup à aimer!) et refuser d’admettre que les musiciens contemporains ont quoi que ce soit à offrir. Cela abaisse le débat au niveau de l’orgueil. Nous pouvons regarder autour et voir que l’action se déroule dans ces églises qui ont adopté le modèle contemporain. Notre orgueil peut nous dire, « nous voulons participer à l’action! » et donc nous motiver de façon inadéquate vers ce modèle. Rapidement, nous déchirons l’Église avec des arguments enflammés qui sont motivés par différentes formes d’orgueil, éloignant de nos pensées et de nos cœurs la réalité de la centralité de la gloire de Dieu. L’Écriture nous rappelle que « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles » (Jacques 4:6) et que « l’arrogance précède la ruine, et l’orgueil précède la chute » (Proverbes 16:18), nous devons examiner à tous les jours nos motivations concernant ce qui devrait être un débat sain.

Le plan du « prince de ce monde »

Peut-être que la plus grande question en jeu dans ce débat est le plan du « prince de ce monde ». Satan a toujours et de toutes les manières haï l’adoration envers Dieu! Plusieurs théologiens croient que la question de l’adoration peut avoir été au cœur même de la raison de la chute de Satan. Si en fait, son désir est de s’approprier une adoration qui normalement ne reviendrait qu’à Dieu seul, et à cause du fait que Satan ne peut l’obtenir et que cela a été scellé par
l’intervention du sang de Jésus-Christ, le Fils de Dieu, alors la prochaine tentative de Satan est de bloquer et de frustrer l’adoration à Dieu de toutes les façons qu’il le peut. Si l’ennemi peut avoir du succès à faire en sorte que l’Église puisse argumenter à savoir si le culte doit être contemporain ou traditionnel, si nous devons chanter des chants de louange ou des hymnes, si nous devons les accompagner avec des orgues ou des synthétiseurs, si nous devons appeler cela un sermon ou un exposé, si les dirigeants doivent se vêtir de façon soignée ou décontractée, il va sûrement le faire!

L’Église, en fait, a le mandat de correctement représenter Dieu dans ce monde. L’Église a la responsabilité du travail de l’adoration (notez : le travail et non le jeu). Nous devons aussi être redevables dans les questions de moralité, de faire des disciples et de donner de l’encouragement. Finalement, nous sommes chargés d’être des témoins pour les gens perdus de notre génération, à la fois à la maison et autour du monde.

Ce modèle de ministère en trois volets est un combat (un concept pas trop populaire dans notre époque de tolérance et qui honore la diversité). La vieille tactique militaire de la diversion a été l’idée de Satan depuis le départ, simplement faire en sorte que les troupes argumentent et débattent à propos de tout et que les vraies questions de la bataille puissent ne pas être débattues! Nous devons comprendre que l’ennemi de nos âmes a beaucoup d’expérience à produire la faillite du peuple de Dieu, il y a travaillé depuis très longtemps! Peut-être que la plus grande question dans ce débat est que Satan attise ses flammes. Nous devons nous lever et reconnaître l’ennemi trompeur et ses tactiques et refuser de coopérer avec lui. Ne lui donnez pas la satisfaction de frustrer les plans éternels de Dieu, qui est de transformer des rebelles en adorateurs de Dieu en esprit et en vérité. Souvenez-vous, le culte et le service sont liés ensemble dans toutes les études sur le sujet. Nous savons que nous avons adoré lorsque nous sommes obéissants à l’extrême en servant notre Seigneur, non pas lorsque nous sommes émus par une quelconque expérience d’adoration. « L’Éternel trouve-t-il du plaisir dans les holocaustes et les sacrifices, comme dans l’obéissance à la voix de l’Éternel? Voici, l’obéissance vaut mieux que les sacrifices, et l’observation de sa parole vaut mieux que la graisse des béliers. (1 Samuel 15:22) » Et l’obéissance dit toujours, « Me voici, envoie-moi » (Ésaïe 6:8).

Le débat inévitable

Voici quelques-unes des questions en jeu dans le débat contemporain/traditionnel dont fait face l’Église à ce moment de son histoire. Ce ne sont pas de nouvelles questions, elles ont toujours été présentes. La question est : comment allons-nous apprendre du passé pour faire mieux face à ces questions dans le futur? Ma conviction est que la tendance présente à mettre ensemble le traditionnel et le contemporain dans une sainte réunion vient de Dieu.

Lors d’une récente réunion des hommes dans le nord-ouest des États-Unis, j’ai été content et impressionné par les choix de musique et comment les gens ont amené le meilleur de certains de nos hymnes traditionnels pour que les hommes les chantent, et ils l’ont fait. C’était excitant de chanter et d’entendre des hymnes comme « Gloire, gloire, gloire », « Ô Dieu relève-nous » et « Grâce infinie ». Entendre aussi durant cette réunion des nouveaux textes avec de vieilles mélodies, ainsi que des nouveaux textes avec de nouvelles mélodies.

Nous ne devons pas sacrifier la tradition sur l’autel de la musique contemporaine, mais nous devons au même moment être innovateurs à faire un usage sanctifié des communications modernes pour la vérité éternelle. Le débat va continuer, c’est inévitable et sain, mais faisons de cela une sainte discussion centrée sur la gloire de Dieu.

Version PDF de cet article

Le Dr Gordon Borror est professeur associé de musique et d’adoration au Western Seminary à Portland, Oregon (USA). Cet article a été traduit et réimprimé avec la permission du magazine Worship Leader. Si vous êtes intéressé à vous abonner à Worship Leader, S.V.P. appeler 1-800-286-8099. Visitez leurs sites internet à www.worshipleader.com et www.songdiscovery.com.

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